L'efficacité imposée par les réseaux sociaux entraîne une uniformisation des codes en graphisme. Formats verticaux, typographies lisibles sur mobile … Les plateformes dictent aujourd'hui les règles visuelles. Ce phénomène rappelle la "standardisation" décrite par George Ritzer15 dans The McDonaldization of Society, où l'efficacité et la prédictibilité priment sur la singularité. Tout encourage une production rapide, optimisée pour l'attention plutôt que pour l'expression. Le design devient un produit "prêt à consommer", pensé pour coller au flux plus que pour s'en distinguer au final même si c'est peut-être le but de certains. Mais comment rester créatif dans un système qui valorise ce qui ressemble déjà à ce qui fonctionne ? Ce n'est pourtant pas anodin ; cela signale une transformation du design graphique, comparable à celle qu'a provoquée l'essor de l'affiche au XXᵉ siècle.
La transition actuelle n'est pas une disparition, mais une reconfiguration comparable à celle qu'a provoquée l'affiche à son apogée. Aujourd'hui, l'image est scrollable, elle est animée ou interactive. Les designers ne créent plus pour un espace fixe, mais pour un environnement où les images existent en mouvement. Anthony Masure16, dans Design et humanités numériques, montre que le numérique redéfinit le rôle du designer, désormais situé "au cœur des relations entre technique et humain". Cela nous impose d'inventer d'autres manières de concevoir, de raconter et de capter l'attention. De ce fait, comme l'affiche en son temps, la création numérique questionne le graphiste sur son rôle créateur visuel, mais aussi son rôle en tant qu'acteur dans notre système de consommation visuelle en constante mutation.