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ÉTUDE DE CAS

New Portraits

Depuis l’essor du numérique, les frontières entre création et diffusion sont fines. Les images circulent librement et se réutilisent à grande vitesse, faisant émerger de nouveaux enjeux autour du droit d’auteur et de la légitimité artistique. Dans ce contexte, les pratiques de Richard Prince et de Shepard Fairey constituent deux cas symboliques. Prince, avec sa série New Portraits, s’approprie des publications Instagram d’anonymes ou de célébrités pour les transformer en toiles exposées en galerie. Fairey, auteur de l’iconique affiche Hope de Barack Obama, est lui accusé d’avoir utilisé sans autorisation un cliché de l’Associated Press. Ces deux artistes, bien que différentes, témoignent d’un point commun et nous pose une question: Quelles sont les limites des droits d’auteur ?

Richard Prince s’inscrit dans l'appropriation art initiée dans les années 1980, mais New Portraits confirme ce geste en exploitant un matériau actuel, les posts Instagram. L’artiste récupère des captures d’écran, y ajoute un simple commentaire sous son pseudonyme, puis les imprime sur toile. En agrandissant ces images intimes pour les faire entrer dans le monde de l’art, Prince révèle la fine limite entre cercle personnel et exposition publique. L’effet de scandale provient de l’utilisation non consentie des images. Nous publions librement, mais supportons mal que quelqu’un s’approprie ce que nous rendons public. Prince interroge ainsi l’éthique du partage, à qui appartient une image déposée sur un réseau social ? Et au final quand on regarde dans le conditions d’utilisations quand on publie une photo on accorde à Instagram une licence pour utiliser notre contenu.

De son côté, Shepard Fairey avec l’affiche Hope, devenue le symbole de la campagne d’Obama, est construite à partir d’un portrait photographique réalisé par Mannie Garcia pour l’Associated Press. Fairey affirme avoir transformé l’image originale, en simplifiant les formes et en ajoutant une dimension militante. Pourtant, il se retrouve accusé de violation du droit d’auteur. Fairey à détourné la photo initiale, geste fondateurs de la culture graphique. Il a ajouté son style devenu iconique et une typographie marquante ainsi que ce message militant “HOPE”. A travers cela, ll’artiste révèle lui aussi la fragilité du statut des images, un cliché journalistique peut devenir, par un travail de réinterprétation, une icône politique, mais sa circulation reste encadrée par des règles juridiques.

Hope Obama

Ce qui relie Prince et Fairey, malgré leurs intentions différentes, est donc la question de la légitimité à s’approprier des images déjà existantes. Prince introduit l’esthétique du feed Instagram dans l’espace de la galerie, tandis que Fairey transforme un portrait banal en image iconique. Leur travail met en évidence l'utilisation d’images déjà existantes aujourd’hui partagées en ligne. À travers New Portraits et Hope, Richard Prince et Shepard Fairey illustrent la tension de la création: l’image circule plus vite que le droit et plus librement que l’auteur lui-même. Ces deux cas révèlent que la question essentielle n’est plus seulement « qui crée ? », mais « qui détient l’image que nous rendons visible ? ». En ce sens, leurs démarches éclairent les contradictions de notre époque. Nous revendiquons la liberté de partager, tout en redoutant que nos propres images puissent être reprises. Leur travail nous invite donc à repenser notre rapport à l'appropriation à l’ère des réseaux sociaux.