Interview avec Assya Abochaar
Sage-femme
Merci beaucoup d’avoir accepté cette interview. Pour te donner un peu de contexte, mon article porte sur l’usage de l’humour dans la communication médicale, et j’aimerais vraiment enrichir mon travail avec ton point de vue, basé sur ton expérience sur le terrain.
Avec plaisir. C’est un sujet intéressant, même si ce n’est pas toujours simple. L’humour peut être très utile, mais parfois il peut aussi se retourner contre nous… Il faut vraiment le doser.
Pour commencer, dans quelles situations l’humour peut-il aider un patient à mieux comprendre ou accepter une information médicale ?
Eh bien, surtout lorsqu’il y a un petit stress ou un blocage émotionnel léger. L’humour, même très léger, peut détendre l’atmosphère. Par exemple, lors de la pose d’un DIU, mes patientes sont souvent nerveuses. Un petit sourire ou un commentaire léger crée un relâchement qui permet une meilleure communication. L’information reste sérieuse, mais le patient est plus réceptif.
Donc l’humour prépare le terrain plutôt que de transmettre directement l’information.
Exactement. Le ton dépend beaucoup de la personne en face. Certaines patientes, plus avenantes ou jeunes, réagissent mieux à un petit trait d’humour, ce qui instaure un climat bienveillant et facilite l’échange.
L’humour peut-il alors aider à aborder des sujets sensibles ?
Oui, mais c’est délicat. Certaines se sentent rassurées et comprennent que je ne suis pas là pour juger, mais pour aider. Une fois, une patiente hésitait à parler de douleurs pendant les rapports ; j’ai juste dit que « l’utérus peut être capricieux parfois ». Elle a ri doucement et s’est sentie plus à l’aise pour expliquer ce qu’elle ressentait. Mais d’autres patientes ne réagissent pas de la même façon, c’est vraiment du cas par cas.
Donc l’humour ouvre l’espace de parole, seulement si c’est approprié à la personne.
Oui, il doit rester bienveillant et subtilement dosé. Il désamorce une situation potentiellement pesante pour la patiente et pour moi.
Selon vous, qu’apportent les émotions positives dans la compréhension d’informations sensibles ?
Elles apportent beaucoup. Une patiente détendue et en confiance retient mieux l’information, ose poser des questions et s’implique davantage. Par exemple, lors d’une consultation post-partum, j’ai plaisanté sur les nuits blanches et les biberons. Elle a ri, puis m’a parlé de ses doutes et inquiétudes. Mais il ne faut jamais forcer ces émotions : l’humour ne doit pas minimiser la gravité d’une situation, sinon on perd la confiance.
Donc vous adaptez toujours votre ton à la gravité de la situation.
Bien sûr ! Une blague avant un diagnostic sensible pourrait être perçue comme un manque de professionnalisme. Mais un humour subtil et bien dosé renforce la confiance et humanise l’échange.
Et concernant les réseaux sociaux, qu’en pensez-vous ?
C’est un outil intéressant pour toucher les jeunes ou aborder des sujets tabous, comme la sexualité ou la contraception. Mais l’humour doit être accompagné de rigueur médicale et d’un message clair et vérifiable. Chaque public réagit différemment, donc il faut savoir adapter le ton, même en ligne.
On peut donc dire que l’humour reste un outil secondaire : il facilite la communication et humanise l’échange, mais ne remplace jamais l’information ou le sérieux de la consultation.
Exactement. Il crée un lien, met à l’aise, mais le fond reste sérieux.
Merci beaucoup ! Ton expérience et tes exemples vont vraiment enrichir mon article.
Avec plaisir ! Je suis contente si mon expérience peut te servir.