Étude

Affiche pour le film Contagion, studio Lowe, 2011

Dans le cas de Contagion, l’affiche ne se contente pas de transmettre un message, elle en devient la preuve physique. Devant le cinéma, les passants sont habitués à croiser des affiches de film, mais ici, ils se retrouvent face à de grandes plaques jaunes entièrement vierges. Intrigués, ils s’interrogent. L’étrangeté retient leur attention, ils en parlent à leur entourage. L’affiche devient un sujet de curiosité avant même de révéler son contenu. Quelques jours plus tard, des formes apparaissent progressivement jusqu’à laisser lire le mot « CONTAGION », c’est le titre du futur film. Ces plaques jaunes sont en réalité d’immenses plaques de Pétri sur lesquelles des spores ont été déposées. La moisissure se développe lentement, dessinant d’abord le message, puis s'altère jusqu’à le rendre totalement illisible. L’affiche vit, se déploie, se dégrade. Son caractère éphémère devient partie intégrante du projet. Ici, l’image n’est donc pas un geste graphique contrôlé mais est un processus biologique autonome. La moisissure devient à la fois support, langage et acteur. Le message publicitaire prend vie au sens littéral. Les créateurs ne conçoivent donc pas l’image finale, mais ils créent les conditions de son apparition. De plus, l’œuvre n’est pas fixe, elle évolue, guidée par le hasard, la propagation et la transformation. Ainsi, le projet s’inscrit dans une temporalité vivante, où l’image se dévoile progressivement pour rendre les passants impatients et leur donner envie de voir le film. Cette image raconte le film sans trop en dévoiler par son nom et par le type de matériaux utilisés.

Electric Sheep, Scott Draves, à partir de 1999

Avec Electric Sheep, Scott Draves propose une autre manière d’intégrer le vivant au design, cette fois dans un environnement entièrement numérique. L’œuvre ne se présente pas comme une image fixe, mais comme un flux continu de formes abstraites en mouvement. Les spectateurs découvrent des motifs lumineux, organiques et presque cellulaires, qui semblent grandir, se métamorphoser et respirer. Comme pour Contagion, la première réaction est la curiosité car l’œuvre intrigue avant même d’être comprise. Son fonctionnement repose sur un système évolutif inspiré des processus biologiques. Chaque séquence vidéo est appelée « sheep », ce sont des vidéos courtes en motion design qui sont générées par des algorithmes génétiques, un peu comme le font les IA aujourd’hui. Une fois visionnés, les utilisateurs votent pour celles qu’ils préfèrent, et ce geste agit comme une forme de sélection naturelle. Les motifs les mieux notés survivent, se recombinent, mutent et donnent naissance à de nouvelles variations, tandis que d’autres disparaissent. Le hasard, la sélection et les mutations successives deviennent ainsi les mécanismes de création. Cette œuvre n’a jamais de version définitive car elle existe dans un état en constante évolution reprenant ainsi, le même fonctionnement que les êtres vivants dans la nature. Scott Draves n’intervient pas directement dans le résultat final, mais conçoit plutôt le cadre, la règle, et laisse les algorithmes et spectateurs produire les formes finales. L’image ne se décide donc pas, elle émerge. Comme l’affiche Contagion, Electric Sheep transforme le rôle du créateur, qui passe de concepteur d’images à concepteur de processus. Ici, il n’est pas question de reproduire le vivant de manière figurative mais de reprendre son mode de fonctionnement. Le vivant est donc simulé et mis en action. Pour Scott Draves, un organisme numérique prend forme, autonome, imprévisible et toujours en mouvement.

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