Annexes.

Étude de cas : Ryoji Ikeda

datamatics / datamatrix



Ryoji Ikeda est un artiste japonais majeur de la scène électronique expérimentale. Il travaille sur les liens entre son, image et données, en utilisant des fréquences extrêmes, des pulsations numériques et des visuels minimalistes. Ses œuvres explorent les limites de la perception humaine et transforment les données en expériences sensorielles immersives. Avec sa série d'expérimentations datamatics de 2006 à 2008, et plus précisément avec son œuvre datamatrix, il développe un projet central qui consiste à étudier la manière dont les données (abstraites, invisibles, mathématiques) peuvent devenir une matière artistique.



Datamatics est un ensemble de performances artistiques live, d’installations, de films et de variations successives comme data.matrix, data.tron, data.scan, etc. Ce cycle permet à Ikeda de transformer des flux de données réels (bases scientifiques, données spatiales, codes numériques) en structures visuelles et sonores. Dans son œuvre datamatrix, qu’il présente en version live comme une performance, les images projetées ne sont pas des animations préfabriquées, elles résultent de calculs en temps réel produits par un programme qui génère des motifs numériques à partir de données. Cette approche donne une qualité presque vivante, instable, où chaque mouvement visuel découle directement d’un processus algorithmique.
Sur le plan sonore, la performance repose sur une écriture précise de pulsations digitales, de sons proches de l’ultrason, de plages de bruit blanc et d’impulsions brèves. Ikeda travaille avec le spectre entier de l’audition humaine, jusqu’aux limites du perceptible et son objectif n’est pas de produire une mélodie mais plutôt de questionner la façon dont le son peut agir sur le corps. Les basses qui vibrent physiquement dans l’espace, les aigus qui provoquent des sensations presque palpables, et les silences, créent alors des moments de suspension où la perception du public est réinitialisée. Cette « matière sonore », qui est volontairement minimale, va produire une immersion directe sans narration, néanmoins elle transforme la salle en un lieu perceptif où chaque variation de fréquence devient un événement.
Dans ce dispositif, le VJing joue un rôle essentiel car les visuels de datamatrix se composent de chiffres, de lignes, de coordonnées spatiales, de grilles et de motifs géométriques qui évoluent très vite. L’esthétique noir et blanc, caractéristique d’Ikeda, vient renforcer l’idée d’une pureté numérique avec uniquement de la donnée brute. Ces images ne sont jamais décoratives, elles traduisent littéralement les structures sonores où chaque pulsation sonore déclenche un flash, chaque montée du son se reflète dans une densification du visuel, et chaque rupture apparaît comme une disparition soudaine de l’information. La synchronisation chez l’artiste et dans cette œuvre est absolue, Ikeda voit le visuel comme une forme au son. Le spectateur assiste donc à une double perception, car il entend une fréquence, et la voit aussi se matérialiser sous forme de lignes ou de chiffres.

Dans ce dispositif, le VJing joue un rôle essentiel car les visuels de datamatrix se composent de chiffres, de lignes, de coordonnées spatiales, de grilles et de motifs géométriques qui évoluent très vite. L’esthétique noir et blanc, caractéristique d’Ikeda, viens renforcer l’idée d’une pureté numérique car il n’y a aucun ornement, aucun effet spectaculaire, mais seulement de la donnée brute. Ces images ne sont jamais décoratives, elles traduisent littéralement les structures sonores ou chaque pulse sonore déclenche un flash, chaque montée du son se reflète dans une densification du visuel, et chaque rupture apparaît comme une disparition soudaine de l’information. La synchronisation chez l’artiste et dans cette œuvre est absolue, Ikeda ne voit pas le visuel comme un habillage mais comme une forme au son. Le spectateur assiste donc à une double perception car il entend une fréquence, mais il la voit aussi se matérialiser sous forme de lignes ou de chiffres.

L’œuvre crée ainsi une immersion totale ou le rythme rapide des projections, combiné à la précision des sons digitaux, entraînent une perte des repères temporels, et certaines séquences donnent même l’impression d’être absorbées dans un flux de données en mouvement. L’effet recherché par Ikeda est sensoriel et non pas narratif, il souhaite que le public ressente la vitesse, l’abstraction et la froideur du calcul informatique, c’est pour cela que le live fonctionne comme une « machine sensible » comme un environnement dans lequel l’humain est immergé dans l’univers des logiques mathématiques.

Cette étude montre que datamatrix est un exemple particulièrement révélateur du rôle du VJing dans la musique électronique. Ici, le VJing ne sert pas à créer une ambiance car il est l’un des éléments fondateurs de l’œuvre. En rendant visibles les processus sonores et en amplifiant leur impact sur la perception, le VJing contribue à une esthétique électronique unique, ici froide, algorithmique et immersive. La performance n’existerait pas sans cette complémentarité car chez Ikeda, le VJing est un vrai instrument indissociable du son et l’œuvre démontre ainsi que l’immersion dans la musique électronique dépend du son et de la manière dont son langage est prolongé et révélé par l’image.

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Note de lecture : Gilbert Simondon

Du mode d’existence des objets techniques

Gilbert Simondon est un philosophe français du XXe siècle qui a réfléchi à la technique et à la technologie. Dans son ouvrage Du mode d’existence des objets techniques, montre que la machine non pas comme un simple outil au service de l’homme, mais comme un être technique organisé et capable d’agir et d’influencer l’action humaine. Il introduit la notion de « couple homme-machine » pour décrire la relation entre l’humain et la machine, où la création ne provient ni d’une domination totale de l’homme, ni d’un automatisme, mais d’une interaction et d’une collaboration entre les deux. Selon Simondon, l’humain doit composer avec la logique et le rythme de la machine, tandis que celle-ci va imposer ses contraintes et va proposer des réactions qu’il faut alors intégrer dans le processus créatif. Dans le contexte du VJing et des performances interactives, cette idée prend tout son sens car le logiciel ou l’algorithme génère des flux visuels en temps réel, tandis que l’artiste les module, les ajuste et les interprète dans ses gestes. Le résultat final est alors le résultat de cette hybridation constante entre l’intention humaine et la logique automatique de la machine, ce qui donne naissance à chaque performance à une œuvre et performance unique. Cette perspective nous permet de mieux comprendre la co-création entre les dispositifs numériques, l’homme et la machine, où chacun va influencer l’autre dans un « dialogue » continu.

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