Julien Favry est un designer graphique, motion designer et créateur de mascottes situé à Lille. Il est le fondateur de Fresh Organic Motion, un studio spécialisé dans la conception de mascottes numériques (modélisation 3D, animations et réseaux sociaux) pour les entreprises et les institutions. Il a notamment créé celle d’Abilous, une plateforme en ligne éducative pour apprendre le français.
1. Pourriez-vous me parler de votre parcours et de votre studio Fresh Organic Motion ?
Mon parcours commence à la fin du collège. C'est là où je savais que je voulais être dessinateur. J'ai commencé par un CAP de dessinateur d'exécution graphique. J’ai vraiment découvert le graphisme à l’école. J'ai continué mes études avec un bac professionnel où j'ai pu apprendre l'imprimerie et la chaîne graphique. Après ça, j'ai fait un BTS où j'ai pu découvrir le motion design, la 3D, le développement web et l'interface graphique. J'ai ensuite commencé en tant qu'artiste-auteur et j'ai cofondé la marque Fresh Organic Motion avec un associé en mars 2020. Nous avons créé une SAS pour être en totale liberté. Malheureusement, mon associé a voulu retourner au salariat et a voulu arrêter cette activité en mai-juin 2023. J'ai donc racheté les parts à mon ex-associé.
2. J’ai remarqué qu’en 2024, votre studio a opéré un changement, celui de se consacrer pleinement à la conception de mascottes. Pourquoi ce choix ?
L'évolution vers la mascotte a été une décision créative et stratégique. Le motion design était trop conséquent. Alors, l'idée était de faire quelque chose qui utilise mon savoir-faire et ma créativité, mais pour des projets peut-être plus spécifiques. J'ai décidé de me relancer à 100 % dans la mascotte, car j'avais déjà créé des pages sur le site web et il y avait déjà une page nommée création de mascotte qui avait entraîné plusieurs commandes. J'ai compris que 100 % de l'ADN du studio était tourné autour de notre duo. Alors, il a fallu que je détricote tout pour en recréer une nouvelle. Je me suis dit que si je fais des mascottes, il faut que le studio ait sa propre mascotte. C'est ainsi qu'est né Mimi Koloa.
3. Parmi vos créations, on retrouve Mimi Koloa, la mascotte de votre studio. Pouvez-vous me parler de vos intentions graphiques et du message que vous souhaitiez transmettre derrière ce personnage ?
J’ai regardé tout ce que je pouvais sur les mascottes coréennes : toute la collection autour de Line Friends, et aussi Kakao Friends. Elle n’était pas destinée à un public asiatique, mais surtout européen. Je voulais un personnage très simple : un corps en forme de Tic Tac, deux pieds collés comme Kirby, un corps un peu allongé, quatre cheveux sur la tête et pas de doigts. Les bras ressemblent plus à de petites ailes. La particularité que j'ai voulu lui donner surtout, c’est qu’il a des formes très géométriques et rudimentaires, très 3D. Ses yeux, sa bouche, c'est comme si c'était vraiment du graphisme qui était collé comme un sticker. J'ai essayé de le démarquer en lui ajoutant des AirPods, un t-shirt. Je voulais qu’elle paraisse 21è siècle, mais avec un petit côté nostalgique des mascottes de jeux vidéo : Mario 64, Spyro, Rayman… Ce sont des personnages très ronds dans les illustrations des jaquettes. C’est cette influence que j’ai voulu transmettre à travers Mimi. Je me suis beaucoup investi dans ce personnage. Je n’ai jamais passé autant de temps à définir une mascotte.
4. Selon vous, quels sont les éléments graphiques qui créent de l’affection envers une mascotte ?
La communication émotionnelle va beaucoup jouer là-dessus. Et en effet, pour que la mascotte marche bien, au niveau des émotions, je pense qu’elle doit être associée à des valeurs positives, c’est ce qui va être le plus souvent utilisé. Après, il y a plein de stratégies en communication. Il y en a qui peuvent prendre le contre-pied et faire des mascottes au contraire machiavéliques, qui vont représenter plutôt ce que la marque combat. Donc, la mascotte va être malmenée dans les spots. Du coup, la mascotte ne va pas représenter la marque, mais ce contre quoi la marque se bat. Il y a plusieurs approches. La mascotte ne représente pas forcément la boîte, mais dans la majeure partie du temps, oui, bien sûr. On va utiliser ça parce que si on doit associer quelque chose à la marque, il faut que ça soit positif. Donc, en effet, de ce côté-là, il peut y avoir un côté manipulateur.
5. Avec votre expérience de designer graphique, de quelle manière définiriez-vous le rôle d’une mascotte aujourd’hui ?
Une mascotte, c’est comme un logo, un slogan. C’est un asset d’une entreprise. C’est un outil qui va être utilisé par la société pour être identifiée et se développer. Le but même de la communication, c’est l’influence. La mascotte est là pour faire dire au consommateur que cette société est stable. La mascotte peut avoir une image lisse, sans souci, qui présente bien et qui emmène dans un univers parallèle au nôtre. Et du coup, dans lequel toutes les fantaisies de la marque peuvent être explorées. Donc, d’une manière créative, c’est super. Et c’est vrai que ça peut être utilisé par des marques pour redorer leur blason. Ça peut être utilisé juste pour faire grandir la boîte. La communication en soi est une manière de faire changer d’avis ou de donner ou de faire donner un avis aux gens. On va s’accrocher ou pas à une marque pour ce qu’elle met en avant.
6. À votre avis, quel rôle l’intelligence artificielle et les réseaux sociaux jouent-ils dans la conception graphique d’une mascotte ?
Pour que je puisse répondre, j’ai besoin de cas de figure. Est-ce que tu as des exemples de marques qui font ça ?
Je ne sais pas si vous avez vu, c’était pour les JO de 2020 au Japon. Sur certains posts, on pouvait voir la mascotte Miraitowa dans certaines situations. C’était un peu comme si elle avait pris les rênes du compte et qu’elle venait dialoguer avec l’utilisateur. Renault a aussi maintenant un avatar virtuel dans l’application Hello Reno, un chatbot déguisé sous l’apparence d’un personnage-logo pour créer un lien affectif avec l’automobiliste.
Les JO sont toujours des bons exemples pour les créations de mascottes. Moi, un des comptes que je suis, c’est Yéti, la marque de glaces. Leur mascotte apparaît régulièrement et elle est mise en scène de manière humoristique. Il y a aussi Duolingo, le meilleur exemple. L’icône est devenue presque agressive pour te pousser à faire ta leçon. Alors qu’on sait que Duolingo, ça ne te fait pas vraiment améliorer ton apprentissage vu que le meilleur moyen, c’est de vraiment parler avec des gens qui parlent la langue. Mais c’est quand même la mascotte qui fait qu'on s’en souvient. Je pense qu’il y a aussi cet aspect de mémorisation qui est très fort dans les mascottes. Au bout de 3 mois, il y a une personne sur deux qui s’en souvient encore, contre environ 5 % pour un logo.
Je vous remercie d’avoir pris le temps de répondre à mes questions. Cet entretien a permis d'enrichir ma réflexion et de bénéficier d'un point de vue d'un professionnel expérimenté.